10 ans d’avancées pour les droits des femmes
Un coup d’œil optimiste dans le rétroviseur
En juillet 2026, nous fêterons les 10 ans de la naissance de la première Maison des femmes, à Saint-Denis, et ceux de l’association. L’occasion de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur pour constater ce qui a évolué en matière de droits des femmes et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Il ne s’agit ni de faire un inventaire exhaustif, ni de crier victoire, mais simplement de constater les nombreuses avancées, fruit de travail d’associations et de militant·es féministes.
2016 : création du parcours de sortie de la prostitution
En 2016, la loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel présente un vrai changement dans l’approche et le traitement des personnes en situation de prostitution.
En effet, elle abroge d’une part le délit de prostitution, et elle prévoit d’autre part un parcours de sortie de prostitution.
Si ce dispositif montre des failles, il représente un réel changement de paradigme en inversant la responsabilité et en offrant aux victimes des réseaux prostitutionnels la possibilité d’un autre avenir.
2017 : la vague #MeToo déferle
En 2017, la vague #MeToo déferle sur le cinéma américain, avant de se répandre dans tous les secteurs de la société, dans de nombreux pays.
Cette libération de la parole est à l’origine d’un formidable mouvement, qui aura permis, en France notamment, de changer de regard sur la question des violences sexuelles et d’affirmer leur caractère systémique. Cette dynamique ne s’est malheureusement pas faite sans backlash, et, près de 10 ans plus tard, il est plus que jamais nécessaire de continuer le combat pour une société plus égalitaire et dénuée de violences masculines.
2018 : renforcement de l’arsenal juridique face aux violences sexuelles
En 2018, le plaidoyer mené depuis des années par les associations féministes débouche sur une loi visant à renforcer l’arsenal juridique face aux violences sexuelles.
En allongeant le délai de prescription des violences sexuelles commises sur des mineur·es, en créant un délit d’outrage sexiste, ou encore en renforçant les dispositions relatives aux infractions sexuelles commises à l’encontre des mineur·es, elle a marque un véritable tournant.
Néanmoins, elle comporte des lacunes comme l’absence de l’instauration d’un âge minimal de consentement, et les chiffres des condamnations restent desespérement bas par rapport à celui des plaintes.
Un arsenal juridique étoffé n’est rien sans les moyens nécessaires à sa mise en œuvre concrète.
2019 : Grenelle contre les violences conjugales
En septembre 2019, poussée par une forte mobilisation des associations contre les féminicides, le Grenelle des violences conjugales est lancé. Pendant près de 3 mois, associations, familles de victimes, acteur·ices de terrain et pouvoirs publics travaillent à l’élaboration d’un plan pour faire reculer ces violences.
Parmis les 54 mesures annoncées, on retiendra le financement d’une mission d’intérêt général pour le déploiement des Maisons des femmes partout en France.
Si ces mesures représentent de vraies avancées, elles n’ont pas été accompagnées de suffisamment de moyens pour réaliser leur ambition.
2020 : entrée en vigueur des bracelets anti-rapprochement
Créés par une loi de 2019, les bracelets anti-rapprochement (BAR) entrent en vigueur en 2020. Basés sur la géolocalisation permanente de la victime et de l’auteur des violences, leur dispositif représente une réelle avancée en matière de protection des victimes.
Néanmoins, de nombreuses lacunes, notamment techniques, sont apparues ces dernières années, et aujourd’hui, leur déploiement est en baisse.
Comme tout dispositif, le BAR ne se suffit pas à lui-même. Il doit absolument être suivi de moyens pour fonctionner correctement, et démontrer toute son efficacité.
2021 : gratuité de la contraception pour les femmes de moins de 26 ans
En 2021, une loi inscrit la gratuité de la contraception et des consultations et examens qui lui sont lié·es pour toutes les femmes de moins de 26 ans.
Véritable enjeu de santé publique, elle s’inscrit dans un contexte de recul de la contraception chez les jeunes.
Aujourd’hui, les IST (infections sexuellement transmissibles) augmentent sur cette audience en particulier. Cette hausse témoigne certes d’un plus grand recours aux tests de dépistage, mais doit inciter à continuer à sensibiliser en matière de santé sexuelle, et à faire connaître ces dispositifs.
2022 : allongement du délai d’accès à l’IVG
En 2022, la loi Gaillot renforce l’accès à l’IVG en étendant notamment l’accès à celle-ci de 12 à 14 semaines de grossesse.
Si ses détracteurs prophétisent un raz-de-marée d’IVG tardives, les chiffres les contredisent et la part d’IVG tardives dans le total demeure très faible.
On observe néanmoins toujours de grandes disparités et une inégalité d’accès selon le lieu d’habitation, en raison d’obstacles persistants : clause de conscience, faible tarification de l’acte entrainant une baisse du nombre de praticien·nes acceptant de le réaliser, etc…
2023 : aide universelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales
Sept – c’est en moyenne le nombre d’allers-retours dont a besoin une femme victime de violences avant de quitter définitivement un foyer abusif. En cause notamment : les très nombreux freins administratifs et économiques qui se dressent sur son chemin.
C’est pour parer à ces difficultés qu’a été mise en place l’aide universelle d’urgence en 2023. Elle propose aux victimes qui portent plainte ou font un signalement au Parquet, une aide financière pour couvrir leurs dépenses immédiates.
Ce dispositif est complété par le “Pack nouveau départ”, qui propose un accompagnement individualisé et la mobilisation de l’ensemble des acteur·ices du territoire aux personnes qui souhaitent quitter un foyer violent. Actuellement en cours d’expérimentation dans 12 département, nous espérons sa généralisation prochaine à l’ensemble du territoire.
2024 : entrée de l’IVG dans la constitution
En 2024, la France devient le premier pays au monde à protéger l’accès à l’IVG dans sa Constitution. Pour les associations féministes, c’est l’aboutissement de décennies de lutte.
Alors que le droit à l’IVG recule un peu partout, et que les droits des femmes sont menacés par la monté du masculinisme, cette constitutionnalisation offre un répit et un espoir.
Néanmoins, l’accès à l’IVG demeure inégal selon les régions, et il faut continuer de se battre pour faciliter son accès auprès de toutes les femmes, où qu’elles se trouvent.
2025 : réhabilitation des femmes ayant avorté avant 1975
En décembre 2025, les deux chambres du parlement votent à l’unanimité pour l’adoption d’une loi visant à reconnaître le préjudice subi par les femmes condamnées pour avoir avorté avant 1975.
Une réhabilitation accompagnée de la création d’une commission pour le recueil et la mémoire de ces vies brisées qu’il faut saluer.
On peut néanmoins regretter que la formulation volontariste de la loi ne s’accompagne pas des moyens financiers nécessaires à l’accès au droit à l’avortement pour toutes les femmes, sur l’ensemble du territoire (cf. fermeture de centres de planification familiale, faible tarification de l’IVG, etc…).