Les femmes derrière le film

Mélisa Godet et Emma Javaux sont respectivement la réalisatrice et la productrice à l’origine du film La Maison des femmes. Rencontre.

Mélisa Godet et Emma Javaux ont porté ce projet pendant des mois.  À quelques jours de la sortie nationale du film, nous leur avons posé quelques questions. 

Racontez-nous la naissance du projet.

M.G. : J’ai entendu un jour Ghada Hatem parler à la radio de sa maison, de cet endroit incroyable qu’elle était parvenue à faire sortir de terre à Saint-Denis, de comment elle y travaillait avec son équipe, avec cette idée si simple, et pourtant révolutionnaire à ce moment-là, d’offrir aux patientes, dans un endroit unique, tout ce dont elles avaient besoin pour se reconstruire. Comme femme et citoyenne, je me suis dit que c’était formidable, et comme scénariste, je me suis dit que ça pourrait être le cadre d’un film merveilleux. Un film avec du fond, un film choral, un film lumineux. Et comme réalisatrice, je me suis dit que c’était un sacré sujet, que je n’étais pas encore assez solide, alors j’ai continué à travailler sur des court-métrages et une série, en croisant les doigts pour que personne ne s’empare du sujet avant que je ne sois prête à le faire.

Quand j’en ai parlé à Emma Javaux, ma productrice, elle a été embarquée tout de suite. Nous avons rencontré Ghada à la Maison des femmes, qui a trouvé l’idée saugrenue au début. Peu à peu, en discutant, en travaillant, nous sommes parvenues à la convaincre.

E.J. : Avec Melisa, on s’est connues il y a 15 ans parce qu’on travaillait dans le même bureau de production. On a grandi ensemble professionnellement. J’ai produit son deuxième court métrage. Les Enfants d’Oma et coproduit sa série LT21.

Avec La Maison des Femmes, elle m’a fait découvrir un sujet au cœur de nos préoccupations personnelles et de nos engagements respectifs, et qui rencontrait parfaitement mes envies de production. Faire un grand film social populaire. Je crois très fort au cinéma comme un vecteur de sujets sociaux, politiques et historiques. Ce film, c’est une immense chance qu’elle me l’ait proposée.

Les équipes sont unanimes sur le degré de réalisme du film. Comment y êtes-vous arrivée ?

M.G. : Pour écrire, je ne suis pas passée par l’immersion qu’on peut imaginer sur ce type de sujet. Je ne voulais en aucun cas prendre le risque d’interférer sur les parcours de soin en cours par ma présence ou mes questions. Ce qui se passe entre les soignantes et les patientes est trop précieux, trop fragile aussi.

Mais j’ai eu une chance incroyable : pour que cette maison existe, Ghada et ses équipes ont beaucoup fait parler d’elles. Et depuis des années, de nombreux chercheurs et chercheuses, journalistes, médecins, auteurs et autrices ont travaillé sur le sujet. De nombreuses femmes très courageuses ont aussi pris la parole pour parler de ce qui leur était arrivé. Je me suis retrouvée avec une masse de documentation très riche. Dans tout ça, j’ai cherché ce qui allait alimenter la narration, ce qui me paraissait important de dire sur ce sujet, et puis surtout tous les petits détails qui allaient nourrir l’humanité des personnages. J’ai pu aussi parler avec Ghada du texte, à différents stades de l’écriture, et ça a été très précieux pour m’assurer que j’étais au plus juste.

Et enfin, il y a le fait d’être une femme aussi. Une femme de 40 ans, avec une mère, des amies, des collaboratrices. À des degrés divers, on sait toutes ce que ça veut dire, en termes de risques, de difficultés et d’injustices, que d’être une femme dans ce monde.

Comment avez-vous réussi à réunir un tel casting pour un premier long-métrage ?

E.J. : Grâce à des réflexions entre Melisa et son directeur de casting David Bertrand, discussions que j’ai suivi de très près. Grâce à nos envies de créer une belle bande, inédite et sincère. Grâce aux agents artistiques qui ont été nos meilleurs ambassadeurs. Et grâce aux personnes formidables que sont nos actrices et nos acteurs qui sont venus dès la lecture du scénario se joindre à nous dans cette belle aventure.

Qu’est-ce que le film vous a apporté, ou a changé en vous ?

M.G. : Il n’y a pas beaucoup de moments dans une vie où on arrive à ce point à aligner ce qu’on est au fond de soi, ce qu’on a besoin de dire, ses rêves d’adolescente et sa pratique professionnelle. Je suis pile à ce moment là et c’est incroyable. Ce film c’est aussi ma réponse à la question « qu’est-ce que je peux faire, moi, face à tout ça ? ». Ce n’est qu’un film, mais c’est ce que je sais faire. C’est un hommage à ces soignantes et soignants et à leurs patientes, si belles, si courageuses.

E.J. : Ce film m’a fait réaliser à quel point les violences faites aux femmes sont partout, et ça, c’est terrible. Il m’a aussi fait rencontrer une foultitude de personnes qui s’engageaient contre ou qui voulaient s’en sortir. Et ça, ça donne un espoir et une énergie folle.

Qu’attendez-vous de la sortie ?

M.G : J’espère que le film portera le plus loin possible le message, le combat, l’hommage à ces Maisons des femmes et à leurs patientes. J’espère qu’il pourra être utile, à sa mesure, pour informer sur l’existence de ces maisons et sur les mécanismes des violences. C’est un grand privilège de pouvoir, avec un film, passer deux heures dans la tête et dans le cœur des gens. J’espère que les spectatrices et spectateurs vont vivre de grandes émotions, aimer ces personnages, être ému·es avec elles, rire avec elles et voir les grandes héroïnes qu’elles sont.

E.J. : De mon côté, j’espère qu’un maximum de personnes, femmes et hommes aillent le voir ensemble. Car on n’y arrivera pas si on n’est pas tous ensemble. Que le film les émeuvent et leur donne de l’espoir et des envies d’agir. Et qu’ils rient aussi devant ce film parce qu’il est aussi très joyeux.